Est de la RDC : pour les habitants de cette région, la guerre est loin d’être terminée
19 juin 2009
Bien que l’Est de la République démocratique du Congo ait disparu de la une des journaux, pour les habitants de cette région, la guerre est loin d’être terminée. Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des centaines de milliers de personnes sont constamment harcelées et ont dû une fois de plus prendre la fuite. La forte insécurité et l’état déplorable des routes rendent difficile l’accès aux personnes qui ont besoin d’aide.
Cachés dans la forêt
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Des personnes qui ont été forcées de quitter leur village dans la région de Kalembe au Nord-Kivu disent se cacher jusqu’à deux mois dans la forêt. Elles ont fui face à l’arrivée d’hommes armés de fusils ou de machettes qui pillent les villages et attaquent sans distinction les populations avec leurs armes. De nombreuses personnes disent avoir été victimes de violences sexuelles dans cette région.
« Tous les soirs, nous nous cachions dans la brousse », a expliqué une femme, « mais parfois, le bruit de la pluie sur les bâches en plastique indiquait aux hommes où nous étions. »
Début mars, un véhicule de Médecins Sans Frontières a été la cible de tirs et pillé sur la route qui relie Kashuga à Kalembe. MSF a réduit ses mouvements jusque mi-avril. Maintenant, l’organisation dispense à nouveau des soins médicaux à Kalembe, aussi souvent que la situation sécuritaire le permet. Ces derniers temps, à cause de l’insécurité, MSF n’a pas pu aller au nord de Kalembe, à Pinga où se trouvent 25 000 déplacés qui ont besoin d’assistance.
Construction de latrines
Le mois dernier, quelque 1 200 familles ont fui vers Kashuga et rejoint les 1 500 familles qui y avaient déjà trouvé refuge. En 2008, cette ville était quasiment vidée de sa population à cause des combats intenses qui y faisaient rage. La situation s’est maintenant stabilisée mais les habitants n’ont qu’un accès restreint à l’eau et aux systèmes d’assainissement. Ils craignent également que la venue de nouveaux déplacés n’attire une nouvelle fois des groupes armés.
Il y a plusieurs cas de maladies hydriques (maladies provoquées par l’eau), notamment le choléra, endémique dans cette région. La semaine dernière, MSF a soigné 40 patients dans son centre de traitement du choléra, à raison de 4 à 5 nouveaux cas arrivant chaque jour. MSF soutient le centre de santé de Kashuga et construit des latrines pour les nouveaux déplacés mais les besoins sont grands.
Epuisement des populations
À trente kilomètres au sud-ouest de Kashuga, Mpati est un village niché dans la montagne que l’on ne peut atteindre que par des routes difficiles. Après les combats qui ont opposé l’armée gouvernementale aux rebelles, les habitants des villages de Kivuye et de Nyange ont fui vers Mpati. 2 500 familles y campent actuellement. Elles manquent cruellement d’eau, de nourriture et l’accès aux latrines est très insuffisant. Beaucoup de personnes âgées, de jeunes enfants et de femmes enceintes ont été épuisés par leur fuite vers Mpati et ne peuvent plus marcher vers les plus grandes villes au sud.
Deux fois par semaine, MSF est présente à Mpati à travers ses dispensaires mobiles et a fourni à 800 familles des biens de première nécessité comme des couvertures, des bâches en plastique ou des jerricans. Des groupes armés étant toujours dans les parages, les familles déplacées sont obligées de rester dans le camp et ne peuvent aller cultiver leurs champs, ce qui aggrave la pénurie alimentaire. Il existe d’autres endroits dans la région où sont regroupées des familles déplacées mais l’insécurité limite la capacité de MSF à les aider.
“Tous les soirs, nous nous cachions dans la brousse, mais parfois, le bruit de la pluie sur les bâches en plastique indiquait aux hommes où nous étions”
Détérioration de la situation au Sud-Kivu
Au Sud-Kivu, plus de 100 000 personnes ont fui leur maison au cours des trois derniers mois après une intensification des combats et une amplification des tensions entre les groupes armés. La situation à Shabunda et à Lulingu se dégrade : il est fait état de viols, d’incendies de villages, d’exactions, de pillages des cultures et de travail forcé au profit des groupes armés. La plupart des déplacés vivent dans des familles d’accueil à Shabunda, Lilingu et dans leurs environs, ce qui a pour effet d’accroître encore la pression sur des ressources locales déjà fragiles.
MSF se prépare à ouvrir un nouveau programme principalement axé sur le traitement des victimes de violences sexuelles. MSF soutiendra trois centres de santé et le service de nutrition de l’hôpital pour la population dans la région qui compte actuellement près de 71 000 personnes.










