RDC- Haut-Uélé: Les populations continuent à fuir la LRA
19 mai 2009
Située dans le territoire de Aru, dans le nord-est de la République Démocratique du Congo, la région de Ariwara reçoit depuis plusieurs semaines des milliers de personnes déplacées. Elles ont fui les régions voisines du Haut-Uélé, où l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) poursuit ses attaques.
Patrick Robitaille était responsable du projet MSF sur place. Il témoigne et partage l’inquiétude de l’équipe MSF sur l’insécurité qui persiste et les problèmes de sécurité nutritionnelle et sanitaire qui en découle.
Ariwara – Nord est de la RDC. « Je suis arrivé à Ariwara à la fin du mois de février. Il y avait alors déjà près de 12,000 personnes déplacées autour de cette ville voisine de la frontière ougandaise et 6000 s’étaient fixées vers Ingokolo, une localité distante d’une quarantaine de kilomètres vers le nord. Toutes ces personnes avaient dû fuir leurs villages en urgence et il leur était difficile d’avoir accès aux services de santé par manque de moyens financiers. D’où l’importance de mettre en place nos consultations gratuites dans ces deux sites.
Bien que l’on entende moins parler des attaques, la situation s’aggrave actuellement, ce qui prouve que l’insécurité est toujours importante dans tous ces endroits isolés et non protégés, Patrick Robitaille, responsable du projet MSF de Ariwara.
Le contact est très bon avec toutes ces populations qui sont vraiment soulagées de voir arriver l’aide. Les distributions de produits de première nécessité – jerrycans, moustiquaires, ustensiles de cuisine - ont été autant d’occasions de les écouter expliquer ce qui leur était arrivé. Pour certains, le calvaire des attaques de la LRA était permanent. L’un d’entre eux m a dit : “Ils arrivaient à l’improviste dans les villages au petit matin, prenaient la nourriture et enlevaient les jeunes enfants. Peu d’entre eux sont revenus.” Parmi les déplacés circulaient aussi de nombreuses histoires de violences allant jusqu’à l’exécution de parents essayant de protéger leurs enfants. Quant aux témoignages sur les rapts d’enfant, sur l’esclavage sexuel des jeunes filles et le pouvoir accordé par les ex-rebelles, aux vierges, ils étaient eux aussi très fréquents.
En peu de temps, nos cliniques ambulatoires sont devenues très actives, jusqu’à 500 consultations par semaine dans chacune de nos deux cliniques. Ici le manque d’hygiène est flagrant, d’où la fréquence des infections de la peau, de la galle. De même pour les problèmes respiratoires et le paludisme, autres raisons importantes pour ces déplacés de venir à la consultation.
L’insécurité est toujours aussi importante
Bien que l’on entende moins parler des attaques de la LRA, la situation s’aggrave actuellement, ce qui prouve que l’insécurité est toujours importante dans tous ces endroits isolés et non protégés. Par exemple, lors des distributions de nourriture des trois dernières semaines, la population de Ingokolo est passée de 6 à 12′000 personnes.
Ce qui est certain, c’est que les gens ont toujours tellement peur qu’ils ne songent pas à rentrer chez eux. Or la situation nutritionnelle nous inquiète beaucoup car le moment des récoltes approche. Si celles-ci ne sont pas faites, les gens vont complètement dépendre de l’aide alimentaire. D’ores et déjà, pendant les deux mois que je viens de passer sur place, ces distributions de nourriture à Ariwara et à Ingokolo étaient minimales. Toutes les personnes qui avaient fui ne pouvaient pas s’enregistrer, ayant perdu leurs papiers, et passaient donc à coté des distributions. La situation est toujours des plus critiques pour cette population qui est très vulnérable.
Francine* est infirmière dans l’équipe MSF depuis le début du projet en février 2009. Elle a dû fuir plusieurs fois car la proximité de ce parc où se cachent les rebelles de la LRA rend infernale la vie des habitants de toute cette région. Ils arrivent dans les villages à l’improviste, pillent toutes les réserves et surtout enlèvent les enfants.
« En janvier, j’étais partie une première fois suite aux premières attaques dans notre région. J’ai attendu 3 semaines avant d’y retourner mais la vie n’était pas tenable. On ne se sentait pas du tout en sécurité. Impossible d’aller aux champs par peur d’être attaqué en chemin. Chaque nuit, les femmes et enfants se cachaient et les hommes essayaient de faire la garde, s’attendant à tout moment au pire.
Les attaques ont recommencé rapidement et on a décidé, ma famille et moi de repartir. Chacun est allé dans une direction différente. Mes parents sont partis vers le Sud Soudan d’où je reçois maintenant de mauvaises nouvelles. Ils ne peuvent plus rentrer librement. On leur aurait mis un bracelet qui leur interdit de voyager s’ils emmènent des bagages. Comme ils n’ont pas de moyens de subsistance, je leur envoie des petites sommes pour qu’ils puissent survivre. C’est mon frère qui fait chaque mois le déplacement vers là-bas pour leur amener notre aide. Il prend une semaine en vélo rien que pour le voyage.
En plus, j’ai appris par un coup de téléphone de mon autre frère, que ma petite sœur de 13 ans, M. ainsi que ma belle sœur de 17 ans ont disparu à la suite d’une attaque il y a déjà deux semaines. Mon frère était alors aux champs et il n’a rien pu faire. Les premiers jours, on espérait qu’elles s’étaient cachées en brousse et qu’elles allaient réapparaître, mais non, ni l’une ni l’autre n’ont donné aucun signe de vie. Maintenant, j’ai peur de ne plus jamais revoir ma sœur. J’ai mal quand je pense à elle. Je sais bien que ces rebelles préfèrent les enfants. Elle est si jeune. Seul Dieu sait maintenant où elle est.
Mais pourquoi font – ils cela? Nous ne leur avons rien fait! On dirait qu’ils nous en veulent, mais de quoi? Pourquoi ? Si je savais que je naîtrais congolaise, j’aurais préféré ne pas venir au monde. Pour connaître toutes ces souffrances? Depuis mon adolescence, je fuis la guerre. J’ai fait mes études en pensant que j’aurais une vie normale, paisible avec ma famille. Mais quelle vie vont connaître plus tard mes enfants? »
* Le prénom de cette personne est modifié pour des raisons de confidentialité










