L’augmentation des attaques à l’encontre de la population civile entraîne un afflux de déplacés au nord du pays
11 juin 2009
MSF augmente son aide médicale aux populations touchées par les violences au Nord de la RDC.
Les territoires du Haut-Uélé et du Bas-Uélé, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), sont le théâtre de violences commises par les rebelles ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) en réponse aux opérations militaires lancées contre eux par les armées de l’Ouganda, de la RDC et du Sud Soudan.
Pour porter assistance à une population abandonnée, prise au piège dans une région totalement enclavée, MSF a décidé d’ouvrir deux nouveaux projets. Depuis une semaine, les équipes du Pool d’Urgence Congo (PUC) de MSF appuient les hôpitaux de référence de Faradje et de Niangara, ainsi qu’un centre de santé.
Présente dans cette région depuis le mois de septembre dernier, notamment au sein de l’hôpital de Dungu, MSF a décidé d’intensifier ses activités suite à l’augmentation des attaques à l’encontre de la population civile résultant en un afflux de déplacés, privés de toute aide médicale.
« En février, nos équipes ont effectué des missions d’évaluation sur différents axes de cette région qui n’étaient pas ou peu couverts pas d’autres organisations humanitaires, du moins au niveau de la santé », explique Amaury Grégoire, coordinateur du PUC. « Dans cette région, la situation est dramatique. Les structures sanitaires sont soit inexistantes, soit dans un état déplorable. Il n’y a pas ou très peu de médicaments disponibles et ceux qui le sont, sont hors de prix. Nous avons aussi été confrontés à un manque de personnel médical. La plupart a en effet fui les violences avec la population. »
Appui aux hôpitaux et aux centres de santé
Les équipes MSF vont donc réaménager les structures médicales, former le personnel médical encore présent et assurer une prise en charge gratuite des personnes déplacées et des populations locales qui, depuis plusieurs mois, ont accueilli les déplacés. La situation nutritionnelle est également inquiétante: « D’une part, de nombreuses cultures ont été détruites par les fortes pluies et, d’autre part, les personnes déplacées, loin de leurs terres, ne peuvent plus cultiver », poursuit Amaury Grégoire.
A Niangara, près de 10.000 personnes déplacées ont trouvé refuge dans le centre-ville et 15.000 réfugiés se sont installés aux alentours de la ville. Les équipes de MSF appuient l’hôpital de référence et un centre de santé situé en dehors de la ville. Les principales maladies traitées sont le paludisme, les infections respiratoires aiguës et les infections sexuellement transmissibles. A l’hôpital, nos équipes voient plus de 250 personnes par jour. Des consultations spéciales pour les victimes de violences sexuelles ont également été mises en place.
“Ces personnes ont fui des actes de violence extrême et ont vécu les pires horreurs. Ils ont perdu un père, une mère, un mari, une femme ou un enfant Des milliers de personnes sont sous le choc de la violence qu’elles ont vécue ou vue: certains ont été kidnappés, violés, tabassés ou tout simplement tués, Amaury Grégoire,” coordinateur du Pool d’Urgence Congo
A Faradje, non loin de la frontière soudanaise, plusieurs milliers de personnes ont trouvé refuge en trois sites différents. L’équipe de MSF a commencé à appuyer l’hôpital général de référence. L’hôpital se trouve dans un très mauvais état et la première tâche de l’équipe logistique sera de le réaménager afin qu’il réponde à des normes de qualité acceptables. L’équipe a également installé des réservoirs afin d’assurer l’approvisionnement en eau potable de l’hôpital.
« Les pires horreurs »
Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR), le nombre total de réfugiés dans le Haut-Uélé et Bas-Uélé serait aujourd’hui d’environ 190.000. « Ces personnes ont fui des actes de violence extrême et ont vécu les pires horreurs », confie Amaury Grégoire. « Ils ont perdu un père, une mère, un mari, une femme ou un enfant. La plupart des villages ont été incendiés, les familles ont été affectées directement par des actes atroces. Des milliers de personnes sont sous le choc de la violence qu’elles ont vécue ou vue: certains ont été kidnappés, violés, tabassés ou tout simplement tués. »
Des consultations spéciales pour les victimes de violences sexuelles ont été mises en place. Afin de former le personnel local à prendre en charge les victimes sur le plan psychologique, une psychologue MSF rejoindra bientôt l’équipe.
Aujourd’hui, dans le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, ce ne sont plus seulement les personnes déplacées qui ont besoin d’une aide humanitaire urgente. Bon nombre de familles qui les ont accueillies sont dans une situation de plus en plus précaire. « Les personnes déplacées ont été accueillies et aidées par des familles locales », conclut Emmanuel Lampaert, responsable médical du PUC. « Dans un premier temps, c’est un phénomène positif parce que cela leur a permis de survivre. Mais à long terme, ce système affaiblit le niveau de vie global des déplacés et des familles d’accueil. C’est alors un groupe plus important de personnes qui a besoin d’aide. Et leurs besoins sont énormes. »
photos: Miguel Cuenca










